- Oct 5, 2025
Les Shetlands : ces petits chevaux qui méritent d’être mieux compris
- Alezane
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On les décrit souvent comme des “petits démons” ou des poneys au fort caractère.
Ils sont les vedettes de nombreuses vidéos humoristiques, où leurs réactions font rire.
Et pourtant, derrière ces images légères se cache une réalité bien différente : celle de petits chevaux souvent incompris, négligés, et parfois en souffrance silencieuse.
Les premiers compagnons… et les premiers à tout encaisser
Les shetlands sont souvent les tout premiers compagnons des jeunes cavaliers.
Ils accueillent les enfants qui découvrent, expérimentent, testent — avec toute la maladresse et l’énergie qui accompagnent les débuts.
Et c’est normal : apprendre demande du temps.
Mais pour le poney, cela signifie souvent des gestes brusques, des émotions intenses, un manque de constance ou de compréhension.
On oublie parfois qu’ils ne sont pas des peluches, mais bien des êtres sensibles, capables de ressentir la peur, la douleur ou la frustration.
Derrière leur taille miniature se cachent des chevaux à part entière, dotés d’un tempérament, d’émotions et de besoins identiques à ceux de n’importe quel équidé.
Une santé souvent sous-estimée
Parce qu’ils sont petits, leurs besoins sont trop souvent minimisés.
Le surpoids, par exemple, est fréquemment considéré comme “normal” chez les shetlands — un simple trait de leur morphologie. Pourtant, l’obésité est un véritable problème de santé, à l’origine de douleurs articulaires, de fourbures ou de troubles métaboliques graves.
Le matériel adapté reste également difficile à trouver : les selles sont rarement conçues pour leur morphologie, et le suivi ostéopathique ou le saddle fitting sont encore peu courants.
Ajoutons à cela un mythe tenace : celui du petit cheval “solide” capable de porter bien plus que son poids ne le permet. Certains adultes continuent à les monter pour les “retravailler” ou les “recadrer”, au risque de causer des douleurs ou des blessures.
Un environnement souvent inadapté
Dans l’esprit de beaucoup, petit cheval rime avec petits besoins.
Résultat : des box exigus, des prairies surpâturées, et souvent un accès restreint au foin “parce qu’ils sont déjà trop gros”.
Mais priver un cheval d’accès constant à la nourriture ne le fait pas maigrir : cela accentue son stress, dérègle son métabolisme et favorise les comportements problématiques autour de la nourriture.
De plus, les shetlands partagent parfois de petits espaces en groupe, sans possibilité de s’isoler. Or, chaque individu a une proxémie différente — une distance de confort nécessaire à son équilibre émotionnel. Forcer une proximité constante peut générer tensions, morsures, ou comportements défensifs.
Des signaux ignorés, transformés en “humour”
Comme tous les chevaux, les shetlands communiquent avec finesse : oreilles couchées, tension du corps, regard détourné, queue agitée…
Mais leurs signaux sont souvent minimisés, voire tournés en dérision.
On rit d’un poney qui couche les oreilles, qui rue ou qui mord, sans voir que ce sont souvent des appels à l’aide.
À force de ne pas être entendus, ces petits chevaux finissent par exprimer leur malaise de façon plus brutale — car c’est le seul moyen qu’ils trouvent pour être enfin pris au sérieux.
C’est ainsi qu’ils héritent de cette réputation de “teigneux”, alors qu’ils ne font que se défendre.
Le véritable problème : notre regard
Les shetlands ne sont pas plus difficiles que les autres chevaux.
Ils sont simplement victimes d’une double injustice : être petits et ne pas être pris au sérieux.
Leur comportement n’est pas le reflet d’un mauvais caractère, mais souvent le résultat d’un mal-être non reconnu ou d’un manque d’écoute.
En réalité, leur petite taille demande encore plus de délicatesse : ils sont plus vulnérables aux erreurs humaines, et leurs réactions sont souvent des tentatives d’adaptation.
Et si on changeait de regard ?
Les shetlands sont des chevaux à part entière, avec leurs émotions, leurs besoins et leurs limites.
Ils méritent la même attention, le même respect et la même compréhension que n’importe quel autre équidé.
Apprendre à les observer, à reconnaître leurs signaux, à adapter leur environnement et leur suivi de santé, c’est leur offrir une vie plus juste — et, par extension, améliorer notre rapport à tous les chevaux.
La véritable “force” des shetlands n’est pas dans leur endurance, mais dans leur capacité à nous enseigner la patience, la douceur et l’écoute.